USA : Le Département de la Sécurité Intérieure Travaille avec Twitter, Facebook et Wikipédia pour « Coordonner » la Modération des Contenus

Le Département américain de la Sécurité Intérieure (DHS) étend discrètement ses efforts pour censurer les discours qu’il juge dangereux, révéle une enquête de The Intercept. Des années de mémos, d’e-mails et de documents internes du DHS – obtenus via des fuites lors un procès en cours, ainsi que des documents publics – démontrent l’existence des d’un travail considérable des services du DHS pour influencer les grandes plateformes de réseaux sociaux.

Ce travail, dont une grande partie reste inconnue du public américain, est apparu plus clairement au début de cette année lorsque le DHS a annoncé, en 2021, la création d’un « Conseil de gouvernance de la désinformation », un panel conçu pour contrôler les discours de désinformation qui menaceraient les intérêts américains. Mais tandis que le Conseil de gouvernance de la désinformation a été largement moqué, puis fermé au bout de quelques mois, d’autres initiatives similaires et plus discrètes sont en cours, tandis que le DHS se focalise de plus en plus sur la surveillance des réseaux sociaux, surtout maintenant que son mandat initial – la guerre contre le terrorisme – a été aboli.

Derrière des portes closes et en faisant pression sur des plateformes privées, le gouvernement américain a utilisé son pouvoir pour tenter de façonner le discours en ligne. Des procès-verbaux de réunion et d’autres documents mis à jour lors d’une action en justice initiée par le procureur général du Missouri, Eric Schmitt, révèlent l’ampleur et la portée de l’intervention du gouvernement dans le discours en ligne jusqu’aux mécanismes de rationalisation des demandes de retrait pour informations fausses ou intentionnellement trompeuses.

Ainsi, lors d’une réunion en mars , Laura Dehmlow, une responsable du FBI, a averti que la menace d’informations subversives sur les réseaux sociaux pourrait saper la confiance de la population envers le gouvernement américain. Dehmlow, selon les notes des réunions auxquelles ont participé des cadres de Twitter et de JPMorgan Chase, a également affirmé : « nous avons besoin d’une infrastructure médiatique qui puisse être tenue pour responsable ».

« Nous ne nous coordonnons pas avec d’autres entités lors de la prise de décisions de modération de contenu, et nous évaluons indépendamment le contenu conformément aux règles de Twitter », a écrit un porte-parole de Twitter dans un communiqué à The Intercept.

Il existe également un processus formalisé permettant aux responsables gouvernementaux de signaler directement le contenu sur Facebook ou Instagram et de demander qu’il soit limité ou supprimé via un portail Facebook spécial qui nécessite l’utilisation d’un e-mail du gouvernement ou des forces de l’ordre. Au moment de la rédaction de cet article, le « système de demande de contenu » (facebook.com/xtakedowns/login) est toujours en ligne. Le DHS, le FBI et Meta, la société mère de Facebook, ont refusé tout commentaire à ce sujet.

Sans surprise, la mission du DHS de lutter contre la désinformation, découlant initialement des inquiétudes concernant l’influence russe lors de l’élection présidentielle de 2016, a commencé à prendre forme lors de l’élection de 2020 et pendant la pandémie de coronavirus. Les documents recueillis par The Intercept auprès de diverses sources, y compris les responsables actuels et les rapports accessibles au public, révèlent une accélération de cette politique par le DHS.

Selon un projet préparatoire de la revue quadriennale de la sécurité intérieure du DHS, autrement le rapport de synthèse du DHS décrivant la stratégie et les priorités du département pour les années à venir, le DHS prévoit de cibler des « informations inexactes » sur un large éventail de sujets, y compris « les origines du COVID- 19 et l’efficacité des vaccins COVID-19, l’égalité raciale, le retrait américain d’Afghanistan et la nature du soutien américain à l’Ukraine.

« Le défi est particulièrement aigu dans les communautés marginalisées« , indique le rapport, « qui sont souvent la cible d’informations fausses ou trompeuses, telles que de fausses informations sur les procédures de vote ciblant les personnes de couleur« .

La façon dont la désinformation est définie par le gouvernement n’a pas été clairement articulée, et la nature intrinsèquement subjective de ce qui constitue la désinformation offre de larges ouvertures aux responsables du DHS pour prendre des décisions politiquement motivées sur ce qui constitue un discours dangereux.

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